Au bain
L’heure chaude, laisser faire le soleil, la paille du chapeau se troue largement, sa main, sur mes fontanelles.
L’heure chaude, laisser faire le soleil, la paille du chapeau se troue largement, sa main, sur mes fontanelles.
Et si j’enlevais, oh, rien, petite incision, résection, là, d’un peu, d’un noeud de chair de bois, faire du billot un scion, qui partirait d’un trait vers le bleu, qui prendrait, il choisit son humus ! et se laisserait croître vers le bas, réseau de radicelles, comme lorsque, petit enfant, trois allumettes, un verre d’eau, je jardinais, noyau d’avocat.
Je passe mes mains sous tes pieds, le billot, comme on glisse un miroir sous une auto, là, une racine clandestine, une parole sans papier, tes frontières souterraines, ton arbre inversé.
Je parle, et l’air, jaï-alaï, qui renvoie, qui duplique, le sillon, ce que je dis, qui tourne en rond, en cercles concentriques, je cherche sous mes pieds un rognon de silex, quelque chose d’acéré, qui se fiche dans le plexus, et le mur, le souffle court, qui halète son répons.
Haut, sous le pignon, un cône, de loin, on dirait une nasse d’osier, nid d’hirondelle, qui pousse, jour après jour, et la lave noire des oiseaux qui tressent, et criaillent, le mur blanc est falaise, Amorgos a ses moniales.
On l’a regardée s’enfoncer sans un bruit, Ansgar, Nemo, sur la rive, la carpe, vieux vaisseau brillant de mucus, farewell, Nautilus.
Il porte un nom de chasseur de baleine blanche, Ansgar.
Il est vieux, des paumettes si hautes, qu’elles s’enfoncent parfois sous l’amande de ses yeux, l’Allemagne, passer la Pologne, et puis après, les forêts, l’Oural, les visages à la serpe, Lee van Cleef, qui pêche la carpe, son vieux break, une première main, aucun bric à brac, tout est rangé, soigneusement, la minutie, le respect dû au gibier, le matin, une toilette sommaire, il n’y a rien ici, mais Ansgar sent le savon, j’entends parfois le bruit d’abeille que fait son rasoir, tôt, le matin, quand s’éveillent les habitants de l’étang.
Le billot est bois, pierre, et lave, tout à la fois.
Lisse comme de la fonte, souple comme du balsa.
Ses yeux, de calcaire, ses pupilles, d’obsidienne.
Sa chair mystérieuse, et noire.
Le billot est un arbre pascuan, qui regarde vers la mer.
Lorsqu’il baisse les paupières, son regard de verre, qui s’éteint.
J’attends le matin.
Me parler.
J’ai fait le grand saut.
Et je n’en finis pas de tomber.
On s’habitue.
On aime ce corps débarrassé, léger, son flottement.
Le sol est loin de moi, reformuler les lois de la gravité.
Je suis limaille, rien ne m’aimante.
Le regret, parfois.
Et puis, non.
L’école est finie, ce qui m’en chasse, enfin, l’absence de désir de maitre.
Je le salue, piété filiale, il me sourit.
La porte a toujours été ouverte.
Je n’ai rien à pousser.
Je n’ai rien perdu.