ce que vos yeux vairons

Catégorie: écriture

Quarteron

Le vieux pêcheur, qui ne pêche pas.
Il observe le vol d’un rapace, son ombre par dessus les champs.
« Eine Weihe! Bou-zarde ! », et son geste ample, un éventail qu’il ouvre vers le ciel.
Il fait l’effort, alors j’approche.
Mon approche, de quel genre, Adler ?
« Adler ? »
Hum, il hoche la tête.
« Kleiner », et il rapetisse l’oiseau, l’aigle fond, son envergure s’ajuste, et le bou-zarde se fait busard.
« Ah,jo »
Les aiguilles gothiques du hochdeutsch s’arrondissent.
« Du rädscht platt ? »
Je hoche la tête.
Tout ce qu’il me dit alors, dans notre langue, les sept sources, les écrevisses, il fait le geste, il claque des doigts, comme on claque des pinces, le temps passe, l’étang est rond, une table ronde, il n’y a pas de frontière, « Bis bald ! », nous sommes dans le cercle.

Autoportrait au gnomon

P_20180516_140335_PN_2

Sing, sang, sung

La lumière, je l’aurais voulue crue, passant tous les bleus du ciel au vernis.
Ici, le ciel n’est ni Roi, ni Nattier, l’été, mais parfois.
Dans l’air, poussiéreux, une farine fine, poudre de foin, passée au tamis, le vent à peine.
Et le soleil, doux sur mes bras, son jaune à la détrempe, une fin de brasier, tiède.
Il n’y a personne, les champs, et l’étang sont quiets.
Chanter tout bas, mais mon pas ne s’accorde à rien.
Alors je me tais, et ce qui vient, boum, boum, chiourme de galériens, qui freine ma foulée, il me semble traîner des chaînes.
In petto, le chant des marais.
La maison est loin.

Minnesang

Les stridulations, oh! pas fort.
Les cigales, de l’Est, du Nord, mon Nordeste.
Petites chapelles aux champs, dont le vitrail des ailes renvoie des vêpres, accent occitan, non, elles frottent du rugueux, un peu, du franc, du francique, jusqu’à l’allemand le plus doux, une langue lavée, Wotan balayé, ne reste que le nectar du chant, sur le Neckar, un lied, son élixir, Vercors, et von Ebrennac.

Tout en haut de la photo

Jpeg

Juste cela

La nuit, froide.
Le billot, les pieds brûlés.
Un feu, pour faire griller du café.
L’air embaume.
L’air empuanti, l’écorce a pris, et brasille.
Bientôt, le café fume.
Les pieds du billot fument.

Le goût amer, et fruité, de la tasse tendue.
Le billot ne parle toujours pas.

Le lendemain

Le billot n’a pas bougé.
Il est d’un blanc sec, et usé, la Javel de la mer a érodé son aubier, l’écorce, tannée, le sel, en cristaux, sur sa peau.
Le plus beau n’est pas de cuir.
Il le garde au dedans de lui.
Noir.
« Me parleras-tu ? »

Les houillères

Les soubresauts, ceux de l’air.
Violents, l’ozone, la cordite, la chair entrouverte de l’orage, l’intime d’une odeur, absolue, les nuages, lourds, vraquiers noirs que le vent pousse, et le danger.

Les apparences

Avec le billot, je tente le bambara, le mandingue, tu me rends dingue, parle, espèce de bout de bois.
Et là, dans sa bouche, sans une écharde, le lait noir de Césaire.
« Pardonne-moi »
Le bois, ne rudoie.

L’entremise

Ici, ne sont que débris, et fétus, de la forêt échouée, son broyat.
« Es-tu de bois, déraciné ? »
Le billot ne bronche pas, sans membres, sans voix.
Que reste t-il d’arbre, en toi.
Ton visage, tes cernes lourds, en lèpre, sous ton regard.
Tout cela, plus que moelle.