ce que vos yeux vairons

Catégorie: écriture

Reddition

On dit, « j’ai sommeil », et je dis, « le sommeil m’a pour lui », il m’a fait crédit, et là, je me rends, je lui rends tout, son taux, mon usure, « demande-moi encore », lui donner sans compter, il est vorace, et je me laisse dévorer. Ses bouchées doubles.

L’assouplissant

Pour la chanson,
Et sa lessive,
De l’osier,
Une corbeille,
Laisser
S’amonceler
Sale, le tas
De linge,
Respirer
Avant dans
Le tambour
Les jeter,
Hier, et ses
Chemises,
Trouver
Le vent,
La corde,
Souffler
N’est pas jouer,
Accrocher
Une balançoire,
Tout sèche,
Les odeurs
Se défont,
Ce qui reste,
Les plis,
Le creux
Qui sent bon,
Fouler tout ça,
Ne rien repasser.

Poids de senteur

Aujourd’hui jeudi, jour de jardin.
Ouvrir le cahier, entre les pages, des brins, des souvenirs de tiges, l’odeur de poussière sur laquelle je passe le pinceau, et je soulève de la poudre de sauge et de freesia, jeudi, jour de ménage, j’écorne un feuillet et sa branche, oranger de juillet.
Un été, entre deux pages pressé.
Ne pas s’attarder, dans les allées de l’herbier.

Jubé

Derrière les barreaux rouillés des roseaux, deux tiges, la cire étrange de ces cierges qui ne coulent mais s’ébrouent sur l’eau, des gouttes blanches, coquilles de rémiges, les cygnes, qui enroulent le long trait de leur cou en arceaux.

« Tous les matins du monde », néon et la lune

Jpeg

« Tous les matins du monde », de l’autre côté de la pluie

Le saule, et la longue résille de sa voilette, je cille, soleil naissant.

Jpeg

« Tous les matins du monde », ou tous les soirs

Jpeg

« Tous les matins du monde », Blaupunkt

Jpeg

RUN

Le printemps, je l’entends, je le flaire, deux notes du chant d’un oiseau, il se tait brusquement, lui sait que c’est l’hiver, l’odeur de bois mouillé et vert, fumigation de cheminée, je voudrais passer à grandes enjambées sur janvier, steeple sur février, atteindre hors d’haleine les premiers bourgeons d’argent du cognassier.

Quadrature du carreau

La vie sur la vitre, le matin.
Une bruine de respiration, l’empreinte d’un souffle, le dormeur est là, dans ces gouttelettes, fixées par le froid.
Il y en a qui écorcent des troncs, une flèche traverse un coeur, accroche deux initiales.
Je trace un rond, dans la buée de condensation.