ce que vos yeux vairons

Catégorie: écriture

Chanson à l’envers

Il y a ici,
Il ne devrait pas,
Déplacés
De l’été
Jusque vers le froid,
Une place et son carré,
Une vieil olivier,
Des platanes nus,
Nul pour en prendre
Pitié,
Ni le vent, ni la pluie.

Et il y a,
Dans l’allée noircie,
Parmi l’humus et
Les feuilles en débris,
Un buisson bas,
Et entre les doigts
De ses épines,
L’injure faite
A une fleur,
Le trouble d’une rose,
Et l’hiver, et l’oubli.

Un début

Ce matin, quelque chose a verdi.
Troublant, incongru, j’ai entendu le roucoulement gris perle de la petite tourterelle.
Elle est revenue, et son bec, sur la glace de l’hiver, qui craque.

Tire-lire

Trouver.
De la pierre sèche.
Une haie, de la ronce, et ses épines.
Pourvu que cela soit un mur.
Petits moellons roses de l’aubépine, des lauzes, feuilletage noir de l’ardoise.
Un mur.
Et son ciment, petits rouleaux de papier glissés là, à la jointure, entre deux pierres, piqués à la boutonnière, sur le plastron du buisson.
La haie, le mur.
Ni lamento, ni déploration, une étagère.
Aux interstices de la pierre, à la pointe des fleurs, des petits mots qui murmurent.

Même pas en rêve

Je ne monte pas à l’étang, le temps et sa houille me refoulent, le vent, le vent et la pluie, leurs rages réunies.
Alors je le laisse venir à mon chevet, de là-haut jusqu’ici, je ferme les yeux, et sous mes paupières, l’étang prend vie.
Tous les excès, les roseaux, les reins brisés, l’eau, jusqu’aux cieux soulevée, le ciel, noir, le jour, la nuit.
Des oiseaux, je n’entends que les cris.

De mémoire

Qu’y aurait-il de votre visage sous mes doigts, si je le voyais.
Des yeux gris, l’estuaire de vos lèvres, peut-être des rides, rien que je ne connaisse, de vous, mon esquisse, à mots distraits, le passé est oublieux.

Les prononcer

Trois lettres du jeu
De Go, maintenant muettes,
Mais rien ne s’éteint.

La part des anges

Gras, ils se servent les premiers, les freux, les corneilles, le laque luisant de leurs gros becs qui déchiquètent les proies, le tortillon des orvets qui pendent, rouges, comme des mégots, à la pointe de leurs faces, la mitraille des graines de tournesol, et leurs cosses qui s’envolent dans un battement d’ailes, de criaillements enroués, la ripaille, et dans le lointain, tout un petit peuple de biffins qui attend, plumes bises, des moineaux, qui mesurent d’un oeil avide les restes dont ils feront leur banquet.

La tour Camoufle

La tourbe, l’étoupe, des aigrettes blanches sur la lande, champs de coton huppés, qui des oiseaux, des plantes, rameaux de plumes et de roseaux, se balançant sous le vent, le soir, sur la lande.

Je me demande, je lui demande

A l’hellébore, qui blanche, liseré vert, fait front, de son petit calice, aux grands froids de l’hiver, quel est ton refuge, aux marches du printemps ?

Les heures creuses

Entre mes doigts-trémie, la graine du sable, des grains de buis, la plage, chapelet de gravier, et de verre dépoli.