Peaux mortes
Hier, la nuit, la lune a lui, de cire. Ce matin, le soleil, d’étain.
Hier, la nuit, la lune a lui, de cire. Ce matin, le soleil, d’étain.
Elle va aller voler.
Des voleurs de poules, ces gens-là, alors, c’est sûr, demain, c’est Noël, elle va aller égorger une gazelle, la lionne.
Ses petits, dans la caravane aux quatre vents, auvent de carton, autour du poêle qui fume de temps en temps, qui demain c’est sûr, fumera, l’attendent, les mains noires, les yeux noirs et brillants.
La lionne aime ses enfants.
Comment est-ce, de vivre, avec, pour horizon, les genoux des passants, l’ourlet de leur manteau, des odeurs de trottoir froid, de caniveaux, et leurs eaux grasses, cendre de mégot, molards et étrons écrasés sous les pas, la pitié est pressée, une pièce lancée, le vide, la trace d’un demi-cercle autour d’un homme posé au sol, et qui ne lève pas la tête, il ne mendie pas debout.
Peut-être que cela vous recroqueville, de mendier, cela vous fond dans le bitume.
Vous fait devenir pavé, un gisant, autour duquel l’on piétine.
Essbar Marzipan
Mozart, Nacht Musik, verdammt,
Wolfgang schläft noch nach.
Les stries des vignes, un coup de peigne sur la montagne, des lignes tirées, comme des portées sur du papier, il neige, et je descends dans la vallée, vers la lumière.
Derrière moi, le ciel se referme, je laisse là la nuit.
Sa main, noire, cariée, tendue à l’orée de l’église, il y tombe de l’eau, il pleut dru, quelques pièces de monnaie, l’eau, dans la conque de ses doigts, la chair du mendiant est un tronc, un bénitier.
Le petit porche de
Saint-Gangolf, le mendiant tend
La main, « Ton octroi ».
Encore, et encore,
Sortilège de la porta
Nigra, tout en moi
Ici, comme ailleurs, la grande roue tourne sur le parvis, la clameur, les haubans d’acier, les rayons au néon, les lumières crues qui clignotent sur les vitraux, l’église au stroboscope, la kermesse et ses hosties, des bandes de churros frits, la presse, devant le grand prêtre qui officie devant des chaudrons, son chrême bouillant, la queue s’allonge, la communion aux biscuits, le bruit.
Rien ne change.
Hier, les grandes roues, des cages à écureuil, pour faire monter gargouilles et pinacles jusqu’aux cieux, et sur le parvis déjà, les bateleurs, les marchands d’oublies, tout ce saint-frusquin, dont j’ai envie, aussi.
La ducasse, et le cilice.
Rien ne change.
Mystère à la cour
Des miracles, Dieu est un
Vendeur de vin chaud.