Blue ink
La pente que je monte, et le monde que je laisse derrière moi, ici-bas, rien ne me suit, les bruits, les couleurs, sourds, une église aux champs, où tout est ciel, du bleu de l’eau, au murmure froissé des roseaux.

La pente que je monte, et le monde que je laisse derrière moi, ici-bas, rien ne me suit, les bruits, les couleurs, sourds, une église aux champs, où tout est ciel, du bleu de l’eau, au murmure froissé des roseaux.

Le grain de l’air, je pourrais presque le toucher, légère, la brume, et le sable de verre du brouillard, qui roule sur le drap du manteau, l’eau de ces perles éphémères, qui scintillent un instant, à la lumière, avant d’être bues, je ferme mon caban.
Hans, Peter et Rosa, mon fagot, ma botte, mes trois fleurs, séchées, que dit-on de ces fleurs-là, qu’elles sont peut-être mortes, à l’abri de mon herbier.
Une portée, des lignes bleues, le vieux cahier, les premiers mots, ceux d’il y a très longtemps, il y a prescription, je peux dire maintenant autrefois; a, des a, toute une famille de ronds maladroits, et la main de Maman, douce sur mon poignet qui apprenait, qui ne savait pas.
J’ai effeuillé le soleil, et je pleure, qu’ai-je arraché de cette fleur, plus que les pétales, les rayons et le coeur.
Le soleil aussi a froid en hiver, je le ferais bien entrer, pour le réchauffer, et le laisser un peu me brûler.
Et s’il pleuvait trop,
Si la pluie faisait tomber les avions, les oiseaux.
Derrière le volet qui monte, suspendu à sa suie, le ciel bas. J’allume la lumière, son reflet sur la fenêtre, un soleil plat, un ersatz d’astre qui ne réchauffe rien. Dehors, une tache jaune, et le froid.