ce que vos yeux vairons

Catégorie: écriture

Mer du Sud

Je me souviens d’un lointain cours de dessin. On nous avait donné un rectangle de papier noir, très épais, et une gouge, pour le creuser. Le papier blanchissait, à mesure que nous l’entamions, nous tracions des sillons, des courbes, des lignes droites, scarifiant le carton à tort et à travers… fendant sa peau noire, jusqu’à la graisse, à grands coups de crayon..nous n’étions plus penchés sur nos tables, mais débitions de larges quartiers de baleine, il suffisait de fermer les yeux et de tracer, les murs de la salle de dessin tombaient…combien étions-nous à presque sentir l’haleine de la mer et le fracas des vagues, à rêver d’un autre destin. Dans la salle de dessin.

Sur le sapin, le soleil

Luira t-il, aujourd’hui, entre la pluie, son vernis sur les granites, ses gris anthracite, ce soir peut-être. Il poussera un cédrat, jaune, sur la cendre des nuages, une bougie, et son halo, sur les décombres de la nuit.

Des brins, débris

L’herbe s’empenne, de cheveux d’oiseaux, de fils de coton abandonnés par les fétuques, le vent les natte et les défait, et les emporte. Dans ma main, la récolte.

Jpeg

Aujourd’hui

Recluse, derrière un verre dépoli, la lumière, fanée déjà au point du jour.

Jubiler

Je monte le faux plat, la côte longue sous mes pas, et voilà que la courbe s’inverse, la descente s’amorce jusqu’à l’étang, ils sont là, mes Gambier, mon archipel, l’îlot qui se révèle, j’ouvre les bras sur ses roseaux, se tenir droit, au pays de Verne, je l’ai trouvé, mon continent mystérieux.

‘U’upa a hina

Posés sur l’eau, les oiseaux sont des Centaures qui ne laissent voir d’eux que leurs troncs. Et ce qui bat sous les flots, les pattes, les jarrets, les jambes, dans la chair de quel homme, de quel dieu sont-ils pétris.

Jpeg

Les oiseaux

Mirage, le massif bruissant et sombre des foulques posés sur l’étang, ils glissent lentement, fata morgana née de la nuit, du ciel noir, et de l’eau.

Song for Guynemer

Que dire de novembre, noir de sa plus belle couleur, autrefois insupportable, qu’il est le mois portier de l’hiver, dont j’ai appris à aimer, le jour, les brumes, et, au soir tombant, les voiles du brouillard.

Un, puis deux, puis toi

Déshabiller une mandarine.
S’appliquer.
L’éplucher sans briser le long tortillon de zeste, et son capiton, blanc comme une pelure d’hermine.
Déposer le ressort de peau à côté du fruit.
Compter les pépins qui carient certains quartiers.
S’il y en a six, ou peut-être sept, je mangerai la mandarine.
Je fais le tour du fruit.
Il y en a moins, quatre, ou cinq.
Mais si je l’ouvre, peut-être en trouverai-je d’autres.
Manger la mandarine.
Pour vérifier.