Brume
Nicotine mandarine, mes doigts jaunis par l’huile de l’agrume, l’odeur de l’hiver, quand se déroule la corolle de ma main.
Nicotine mandarine, mes doigts jaunis par l’huile de l’agrume, l’odeur de l’hiver, quand se déroule la corolle de ma main.
Dans ma poche, sous mes doigts, l’écorce fraiche d’une mandarine, je la zeste du bout des ongles, et je porte à mes narines l’haleine douce de l’agrume. Autour de moi, l’odeur orangée du fruit qui s’évapore dans le froid.
Le ciel est de buvard, ce soir, des ocelles grises et noires, puis le brouillard, sur son bleu de lin.
Sur les bords de l’étang, la couronne des arbres arborant le tartan de leur clan, l’or, l’ambre, la rouille du chêne, du hêtre, de l’arbre à noix, hommage de ces rois à la naissance de l’automne.


Au fond du bol froid, riche et gras, le bouillon, des rondelles de carotte, de petites mottes, des quartiers de navet, pris comme des icebergs dans la glace de la graisse, des écheveaux de poireau, chevelure verte et grise d’une Ophélie voguant sur la mer calme de la soupe. Lui donner vie, à la soupe, la poser sur le feu, regarder, humer la débâcle, la merzlota qui fond au fond de la marmite. Sortir une cuillère, une assiette. C’est prêt.
L’étang, un animal au panier, enroulé, immobile, sur son ventre d’eau et d’arbres enchevêtrés. Son souffle lent et régulier, qui retient mon pas, je marche, à la cadence de son coeur qui bat tout bas.
Regarder, intrus, sur la pointe des pieds, par le trou de la serrure. Se rêver invité.

Avec le soir finissant, les frissons, les volets qui se ferment aux fenêtres des maisons, la lune attend, couchée en son moïse de roseaux sur les bords de l’étang, du maquis des noirs et des gris, la naissance de la nuit.
Son visage, des nuages rougis de froid, le ciel, ce matin. Je tends la main, qui n’atteint rien, sa peau, si haut, et je suis une petite buée venue de loin. Le frôler.
