ce que vos yeux vairons

Catégorie: l’air doux d’avril

Promenade

À cette section du sentier,
Avant qu’il ne se verse sous les bois,
Ruisseau en aven,
La mandorle énorme
De la lumière,
La tache de soleil,
Accrochée aux arbres,
Ainsi qu’un napperon,
Repose-tête,
Fauteuil chinois,
Dans un salon,
Le cercle de la sueur
Sous l’aisselle d’un marcheur,
Tu t’arrêtes sur le pas de la porte
De l’ombre,
Jeux des pupilles,
Leur diaphragme s’ouvre, se ferme,
S’ajuste.
Sous les arbres,
Le soleil cru fait vitrail,
Tu marches,
Pas japonais des feuilles
Qui crissent,
Leur son vert, et or, et mûr, et cuir craquelé,
Mer de la Tranquillité

Zweimal Bach

Faire état des eaux
Du petit torrent
De là-haut.
Sur la carte météo
On ne voit que Stuttgart,
Les lustres ruisselants de l’opéra,
Où la lumière se déverse le long de la boue,
La baignoire se vide,
Avec les spectateurs,
Emportés au dehors par la crue.
Là-haut
Le courant gonflé comme le jabot
D’un grand tétras,
La bulle de verre d’un geyser
Au moment où,
Le coup de cymbales !
L’homme qui en savait trop,
Il va éclater en sanglots !
Mais non
Sans drame.
Pas de maisons à renverser,
D’hommes-fétus-de-paille
De cultures à noyer.
Juste le sable dissout pailleté,
Pour des chercheurs d’or,
Un rayon de soleil passe le peigne sur un sapin qui penche, aiguilles, pomme brune, et fond dans le torrent, lingot effervescent,
Dans le baquet de la forge, un butin
De copeaux de bronze doré,
Bézoard d’un animal marin,
Et ces jeux d’eaux,
Traduits dans le tumulte
De sa langue,
Remous

Gemütlichkeit

Nappe de papier,
Déchirée au coin. Facture,
Tableau, un portrait
Crayonné
Enveloppe d’un
Bout de chewing-gum,
Tâter sous le plateau
Du guéridon
Lire dans le braille
De la gomme à mâcher,
Et ses calcifications,
Noirs, les doigts, ou verts,
Noisette de gel,
Un journal qui en vaut un autre,
Le café fume,
Ein Kachelofen,

« Als das Kind

À la fin, il ne
Porta plus d’ailes, les carreaux
D’une curieuse
Veste de trappeur,
Ressentait-il
Enfin, le froid,
Et le chaud

Fil rouge, récital

Comme à la serrure
De certaines armoires pendent
Leurs pompons de
Passementerie,
À la figure de
Proue de sa viole de
Gambe,
Entre ses jambes,
Le couffin de  bois, le sans
Poids d’une image,
L’archet, accord sur
Le beau corps
D’un songe,
Man Ray,
Jordi Savall

Ligne de partage des eaux

Dans cette poche-ci
– Fil de fer, qui fut trombone,
Pierre blanche froissée,
Marbre d’un papier, batik,
– Une liste de courses,
Lettres délayées,
Pack de lait à l’encre bleu-machine-à-laver,
– Un Kleenex raide,
Comme un os de seiche
– Un bonbon de verre
Fondu, encore dans sa gangue,
Souvenir de la menthe
Le sucre est son ambre

Dans cette poche-là
Un mouchoir, toile pliée en
Quatre d’un tableau
Blanc.
Mais dedans

Pantoufle de vair

Tu la cherches, parmi
Toutes celles de ton bol de
Tapioca, perle

Pressentiment

Au moins offrant.
À celui qui vient avec
Une main pleine
De liards rouges qui n’ont
Plus cours, l’oracle
« Tu mangeras peu,
Mais tu mangeras ce jour »,
Lui rend ses pièces, et
Pour toute monnaie de sa pièce,
Un pétale de rose

Le soleil se lève sur la lune

L’oiseau chante dans
Le vide, un volet se lève.
Quelqu’un lit sur ses
Lèvres, prend note
De sa mélodie

La bonne aventure

« Mais tu es de bois »
Trop de bras, et tant de mains,
Dit la diseuse

Puis après avoir
Longuement observé le
Ligneux des nervures,

Sa divination
« Tu es un arbre ». Tendant
Une main, son prix

« Tu me donnes quoi ? »
Le ginkgo se coupe une
Mèche de cheveux

Elle en éprouve
Le métal, croque dans une feuille,
Comme un vieux changeur

Sa lueur, à la
Feuille d’or sur un laque verni,
Puits de son regard

Disque du soleil
Sur la nuit de juin, rien, à
Peine un filet noir,

Sa canine aiguë
De chat brille quand elle sourit,
Une paillette, la dent
S’émaille, cloisonné
De Chine, détail