06/03/2024, apnée

Humide, sur ses échasses vacillantes le faon
À peine sorti de l’œuf,
Ainsi le poème, au moment vulnérable,
Petite tortue sans autre carapace
Que sa pointe de vitesse
Vers l’ourlet de la vague
Et plonge,
L’encre sèche,
Lentement
Les pattes aux quatre vents
Parmi les hautes herbes
Une ébauche de biche
Se défroisse
Prend son essor,
La corbeille à papier
Bruisse
Roulée en boule,
Une feuille déploye
Sa crosse,
Une fougère
Sur un regret,
L’endurance d’un bourgeon
De phrase tordue
Qui a atteint le fond,
Et vagit,
Tout-petit
À l’abandon
Dans son moïse,
Lui prêter vie,
Encore une fois
Le même nuage d’images,
Toujours,
Que tu parles de la pluie
Ou du beau temps,
Là est ton habit,
Le plumage varie
Dessus la silhouette,
À peine le squelette.
Le temps gauchit un os,
Estompe le verbe,
Lame après lame
Le silex s’écourte
Et fond,
Jusqu’à son infime
Réplique
Gigogne
Dans la commode pliée
À l’infini
Une unique chemise,
Le choix est vaste,
Tu n’es privé de rien,
Tu hésites, pour la forme,
Mais au fond,
In petto,
Tu es déjà habillé
Couvert de passementeries
Pour jouer à l’Homme Vert,
Quelque feuille de lierre
En punctum, virga
Un trait Veronese
Te trahiront,
Le masque tombe,
Bocca della Verità
Sa férule sur les doigts
Te dira de
Faire coïncider le reflet
Avec l’original,
Mais est-on réellement
Parti bien loin
De soi,
Parlant
Le finnois ?

« … en s’abattant. »
De mémoire.
Il est manteau gris
La tête penchée, un peu
Ce qu’elle dit,
Le chant l’alourdit,
Comme un bateau gîte,
Le dos disparaît dans la nuit,
Il est droit,
Le soutient un mur,
Le tronc d’un arbre ?
Je ne me souviens que de la pluie
Et de ses diagonales
Portées par le vent
Et du chant,
Grave, et doux,
Si les cœurs se serrent
C’est pour qu’ils expriment
Jusqu’à l’ultime goutte,
Fruit, et le rouge
Que l’on en presse,
Le déchirement, et la mélancolie
Les têtes mêlées de cendre
Qui pleurent sans bruit
Sur le seuil de ce temple
De tous les dieux,
Et ce bâton d’encens,
Rougeoyant bref,
Au premier mot
Monte l’aromate
Et ses volutes,
L’odeur du poème
Sature le souvenir
De son singulier
Petrichor
21 février 2024, le soir
À une question posée,
Deux conséquences,
Toujours,
La réponse,
Ou le silence,
Ligne médiane
Est l’inarticulé,
L’insensé borborygme
Ne sois pas obséquieux geignard qui quémande,
Ses plaies frottées au suc de rue,
Comme on repasse un costume de scène,
Sois à hauteur d’homme,
Celle de celui qui donne,
Apprendre à recevoir,
La main tendue frottée
Au sang,
Polie,
Patène
Il en accepte la clôture, la nuit tombe,
Sur le donjon et les forêts épaisses, le chat
Passé minuit, il ébranle le pont-levis,
Tête en bélier (manière de conjonction astrale)
Quand l’espace entre deux barreaux de la herse
Trace les contours sans porte d’une chatière
Bosse au front, bourgeon de rostre de licorne
Il insiste, cal et durillon lui font figure
De taurillon caracolant comme un cabri
Apprendre à lire entre les lignes de la herse
Et son front s’érodera, ancienne montagne
Passée au rabot du temps, volcan endormi