05/12/2022, l’attente de mars
Les dernières feuilles
De l’amaryllis sont
Tombées.
Sur le panonceau,
Il faut lire,
« Je reviens de suite »,
Ainsi que le fait
Le concierge qui s’est absenté
Les dernières feuilles
De l’amaryllis sont
Tombées.
Sur le panonceau,
Il faut lire,
« Je reviens de suite »,
Ainsi que le fait
Le concierge qui s’est absenté
Au dernier de novembre,
Jour à la lumière perdue
Dans le filandreux gris
De la rue,
Aux bruits cotonneux,
Des voix contenues des passants,
Deux miaulements,
Et le petit chat tout blanc de lai
Menu,
Qui se penche
Sur sa patte
La lèche
En un geste gracieux,
Ballerine qui lace
Sa pointe.
Aux premières minutes
Du premier jour
Du dernier mois,
Décembre clôt l’année,
Jeanne s’en est allée
Combien sont-elles,
Rues du 4 décembre
À irriguer les environs
De l’hiver glacial
Mon petit père
Joue avec une balle
Qui ne rebondit pas,
Jetée de l’un de ces chars,
Comme l’on fait,
Bonbons, harengs
À Carnaval
Elle est orange,
Made in Florida ?
Le jus poisseux coule,
La balle a crevé.
Petit père de Jeeves,
Qui exerce sa harangue,
« Help you, Mister ? »
Où sont nos petites mères,
Couvertes de laine,
De bonnets
De rubans dans les cheveux,
De rouge aux joues,
Coups de soleil de la neige,
Je me demande,
Jours ultimes de froid,
Les sous-sols les plus obscurs
De l’année,
Avant que la lumière
Ne se rassemble
À nouveau
1944
Sur la table
D’opération,
Endormi,
Le coeur.
« Écarteur »
« L’ouvrir sur l’extérieur »
Ce soir
La table sera de sortie
Grand arroi,
Pavoisée de rouge et de vert
Entrecroisés,
Au gré de la nappe.
Et disposés en atours
Les petits,
Les grands,
Deux filles du Docteur March,
L’une au loin,
Et la Très Absente,
Les quatre sont là.
L’une servira les Mannalas,
L’autre le chocolat.
Les enfants auront
Les doigts brillants
De sucre,
Les grands
Les yeux plus grands,
Loupe sur le bord
Des cils,
Où plongera
La lumière du lustre.
En se penchant
Sur ces minuscules
Perles de verre tremblant,
Lorsque l’onde aura recouvré
Ses esprits,
On pourrait y voir
Remonter,
Kitège furtive,
Les visages
De celles
Autour desquelles
La mesnie
En songe
Se sera rassemblée.
À Jeeves
S’il s’ébrouait,
Le petit chien étain
Des Arnolfini.
Le tableau tremblerait
C’est certain,
Mais le petit chien.
Est-il dans de l’ambre gris pris,
Ou poussière de neige,
Aux pieds
Des Arnolfini
Le coeur sans cœur.
Ces jours où je suis membre
De sa famille,
Ces jours de fugue
De fuite par une fente
Changer son naturel
Ils ont leurs truchements,
Message de papier cuit avec le Fortune Cookie,
Celui plié sous la papillote aluminisée de Noël,
Messe de Minuit,
Les Dieux.
Je dépiaute les chocolats,
À la recherche
De l’éclat de voix
Adéquat.
Il serait plus simple
De se taire,
Et d’écouter.
Je fais pourtant le tour
De la pupille
En miroir de sorcière
D’Oncle Ho
Qui passe entre les pieds
Des Arnolfini,
Et agace
Le chien gris
Figé près
De la socque de bois.
Écouter la voix du vent
Sans en saisir tout
La voix du vivant,
Le chat miaule derrière
Le double vitrage,
Il faut le voir pour le croire,
Dire bonjour aux morts depuis longtemps,
Tu les entends,
À ceux partis
Hier,
Dont la parole,
En réverbération
N’a pas fini de résonner,
Peinture fraîche,
Jeanne de Jeeves,
Qui lentement
Sèche
Donner à manger
Aux chats. Définir ce qui
M’échappe attendra
Dilater chaque minute
Et en faire un jour de fête,
Allumer le lampion d’une parole belle
Pour nos aimés,
Jeeves.
Inscrire la formule
Dans le marbre
De la paume
De la main,
À côté de la ligne
De vie,
Il ne faut pas l’oublier