ce que vos yeux vairons

Catégorie: Atacama

Noir

Si je voyais le monde, comme un batracien cavernicole, qui ne voit rien, les yeux n’auraient plus d’importance.
Avec le temps, ils finiraient par tomber.
Il me pousserait peut-être d’autre mains, que j’userais à lire.
Tous les brailles, toutes les rides.
Les creux, les épaisseurs, me parleraient.
Être touché.
Le doux, le chaud, qu’est-ce qui me dirait le beau.

Dalà

Puis tout s’écarquille, tout ce qui a des bras, le regard, la couronne des arbres, moi, et le soc du chasse-neige, sa lame double, qui ressemble au rostre d’un animal antédiluvien, à la plume de fer du stylo de Gulliver, la maison, je m’en approche, et le ciel se penche sur son toit, la cheminée est le premier barreau d’une échelle qui disparaît dans les nuages.
« Voilà ».
Si près du ciel.
La porte s’ouvrira.

Creuset

Ces grandes solitudes arctiques, antarctiques, ces solitudes de désert, et leurs ferments, le vent, les bruits, sinon, la folie, le sable, la pierre, qui poncent, musique, minérale, un oiseau, sec, une foule d’oiseaux, qui criaillent au-dessus de l’eau, tout ce qui brûle, le froid, le chaud, et vous pousse hors de vos entrailles.

Compagnons

En l’oasis, le partage de l’eau, et le pain pousse, vue d’en haut, une coronarographie, l’eau, en vaisseaux, jusque sous les moindres radicelles, dans les parcelles, entre les pieds des arbres, réglés, les bouillons frais d’un ballet, et entre les falaises de grès veiné, la vie, sur le ciel, le vol d’un ibis, un motif, noué, furtif, sur la lisse verte d’un tapis, volutes des palmes.

Par définition

Je lis, aponie, je lis, je relis, jusqu’à l’hypnose, le mot, et la douleur, mon osselet comme un fléau, trouver autre chose, un mantra à ma mesure, « Ça va passer ».

Imago

Tout ce que je laisse à l’état de pupe, une histoire qui fermente, une paraison, l’éclosion d’une bulle, votre Biot-visage, une lessive qui bout, et le visage fond, il reviendra, lire les formes, dans les nuages de savon, cartomancie.

Géométrie dans l’espace

Dans ces moments-là, il arrive, par vaguelettes successives, de petits miracles de carte postale, le ciel tranquille d’un soleil couchant, la même fumée dans les poumons, le paquet de cigarettes a circulé, un verre de quelque chose, un muret, on est assis, on est côte contre côte, le billot et moi, pas assez fort, la solitude ne prend pas beaucoup de place, et nos regards divergent dans le lointain, deux points trop éloignés, qui ne se mélangent pas, leurs puissantes racines.

Heimweh

Le soir, l’heure, où ce qui reste d’enfant, sa résurgence qui pleure en moi.
Sur le visage du billot, aussi, une spirale de rabot, une larme de bois qui s’enroule.
La sève, saline, un même rhésus.

Khazneh

C’est comme,
Voir les pieds d’une sirène.
Le long écheveau de racines du billot, chalut d’une anémone, cartographie de ses veines, mises à nu, ma gêne, il n’a rien vu, jamais être n’a pareillement pris soin de ses racines, derrière les hauts murs de son jardin intime, un reposoir, un banc, un carré d’humbles.

Artifice

Sais-tu que j’avais pensé me déguiser, géant vert, Cetelem de la publicité, afin de ne point t’effaroucher.
Me faire carbréléon.
Peut-être aurais-tu ri.
Un début.