L’orage

La main, une moitié
De marguerite, les doigts qui
Restent, les effeuillés
Dessiner, du bout du doigt, l’ombre et la lumière
L’ongle, s’il est H, pour le contour sec de la chair
B, le noir de suie, sous l’ongle, le liseré de saleté,
Que l’on truelle sur le papier, le blanc s’oppose au grisé gras,
On trace, sans y penser, l’abstrait d’un visage, une fleur stylisée
Le soleil, crayon doré, traverse le tracé, jusqu’à l’intime de son épair
Kaki couronné
Une libellule s’est posée
Trèfle à quatre feuilles
Perle orange, griffes vertes
Pontonnier de l’envers, je démonte les piles,
J’empile les traverses sur la berge, le torrent retrouve
Ses marques, cavale débarrassée de sa selle,
Le monde est passé, les eaux se referment, et les herbes
Effacent, sous-marines, de leurs racines vertes,
Le caisson de pierres immergées des antiques fondations
La souche, moussue.
Un vieil arbre, avant d’être abattu
Y voir le pied tranché de quelqu’animal disparu,
D’avant l’histoire écrite.
Dans les racines épaisses, l’ombre de la corne, l’ongle d’une effigie totémique,
La coupe fraîche révèle un aubier rouge, une moelle vive,
Plateau de cernes serrés, enroulés, force de Coriolis figée,
J’écorce une branche.
Dans ma main, une aiguille de bois, qui glisse, tangentielle, sur les rides concentriques,
Et j’entends, qui déchire l’air, un tonnerre inarticulé,
Choeur antique de grondements, la gorge, et le poitrail
De l’animal, dans l’arbre révélé
Bien au-dessus des
Hommes, les branches dernières du
Tilleul, un attique
Un vecteur, pointe
De flèche noire, le corbeau va
Crever le nuage
Un Christ cireur de
Chaussures, repère la poussière,
Cuir noir des pieds nus