Pleines dents
Le soleil est un
Fruit mûr, c’est maintenant qu’il
Faut le mordre à
Le soleil est un
Fruit mûr, c’est maintenant qu’il
Faut le mordre à
Philippe vidant sa maison.
– Tu veux quelque chose ? Prends ! me dit-il en me tendant d’autorité une pile de livres.
Un legs de raison, il me connaît.
– Le piano, tu me le prendrais ?
Où mettre l’instrument, je n’ai pas la place, et j’ai surtout des voisins…
La raison.
– Laisse le chez les parents, en attendant… Je n’ai jamais dépassé le stade de la méthode Rose, alors, le concours Marguerite Long …
– Tiens, une machine à coudre, récupère la …
Je pose la pile de livres, je m’assois, et je le regarde.
Rires.
Rire, de plus en plus fort.
– Ben, quoi, elle est encore très bien, regarde, me dit-il en soulevant le capot.
Philippe, camelot.
Et moi, piètre couturière.
– T’as pas plutôt une bière ?
Il fait chaud, et j’ai esquivé, pour la Singer.
L’été, le pays des élytres, les ailes-vitrail des cigales, leur hymne stridulé au sommet d’une hampe, le mât d’un olivier.
Je fais les poches au
Soleil, sa petite monnaie
Au chaud dans mes mains.
Ne rien laisser de
Ce jour accompli, ni
La balle, ni le son.
L’été, son zigzag
Au moment de s’échapper,
L’armée des ombres.
La mémoire, sa menthe fraîche. Un Mentos qui craque sous la dent, pour avoir bonne haleine. Descendre au jardin, remonter les allées, les mains traînant leur chalut sur les plantes. Là, le buisson de menthe, son odeur de chewing-gum froissé. Remonter encore, remonter les années, la pente de la petite colline, la Drôme d’il y a loin maintenant, celle des premiers étois, Deek adossé à mon souvenir, à l’ombre du tronc d’un grand arbre, assis là, en ce milieu de juillet, peut-être à m’attendre, lui et sa pagaille de cheveux blonds, la menthe glaciale de son regard, le ciel ouvrait les yeux, et je me tenais là devant lui, pour la première fois.
Les arbres tenus
En laisse, des chiens aux abois,
Usés jusqu’à la
Dans la rue sans bruit,
Une voiture. Un pli sur
Le lé du silence.