Rez-de-rêve, tourner autour
Dans le jardin, chaque
Matin, lentement le lierre,
L’arbre, au corset.
Dans le jardin, chaque
Matin, lentement le lierre,
L’arbre, au corset.
Tant de mondes dont
Je ne sais rien, les pierres
Du chemin, et toi.
Mystère à la cour
Des miracles, Dieu est un
Vendeur de vin chaud.
Je monte, l’étang.
Retrouver plus noir que tes eaux.
La lame d’un couteau qui tranche, à tort et à torrent, de la chair de grès, ses varices rouges dans le courant, des touffes de fougères, une paille de feuilles rousses et sèches.
L’hiver, là-haut.
La forêt se décharne.
Le froid, sa lèpre, tout tombe en morceau.
Puis viendra la neige.
Elle se posera, comme un pansement.
Plus d’ulcération, cette misère qui fait du vallon un écorché.
Un dément de Brueghel.
La neige mettra fin à l’infection.
La neige.
Tout s’apaise.
La neige, sa main douce, sur la forêt, ses écrouelles.
L’ennui.
Se déchausser sous la table juponnée.
Rassembler de la mie de pain, dans des boulettes molles, sculpter des camées, jouer aux billes sous le rebord de l’assiette.
Scruter l’horloge, son battant qui va l’amble, d’un pas lent de sénateur, les minutes, à reculons, la minute de Monsieur Cyclopède, je lui souris tout bas, à ce monsieur là.
Mon voisin grince des dents, il parle.
De quoi.
Je ne sais pas.
Son eau de toilette, qui m’incommode, lorsqu’il se tourne vers moi.
Retrouver l’asile de mon foulard, le nez sur mon tampon d’éther, je vous respire.
Vous êtes là.
Entre deux pans de soie.
Mon remède contre l’oubli.
Ma fumerie.
Et son opium.
Dans le tiroir du haut du vertico.
Dans le désordre des photos.
L’homme est beau.
Une de ces beautés argentines, la gomina des cheveux des danseurs de tango.
La ceinture de son imperméable, qui le sangle, serré.
Il est de trois-quarts, le regard de côté.
Les mains au fond des poches, il regarde quelque chose, ou peut-être quelqu’un, que je ne verrai jamais.
La photo est craquelée, sur ses contours, les dents de carton sont usées.
Qui pour me dire, pour lire sous les rides de la photo froissée, le nom de l’homme.
C’était il y a soixante dix-ans, c’est écrit au dos.
Il n’y a plus personne.
Ma grand-mère n’est plus là.
.
Qu’ai-je broyé entre mes doigts, qui crèvent. Le verre pilé du froid porté par le vent, et mes mains s’ouvrent comme des fruits trop mûrs, et j’essuie sur ma bouche un suint tiède, le goût de fer du sang, figue violette, caviar de la grenade, l’hiver, et son sucre amer.
A la barbe de l’hiver, l’été, moqueur, éblouissant. C’était avant-hier.

Jpeg

Jpeg

Hier, avant, le soleil, Tarzan nonchalant, glissant de la branchette d’un saule à l’aigrette d’un roseau, roi miroitant de tout son cuivre, sur l’eau brûlée de l’étang.
Sur mon visage, la morsure inattendue, l’ardeur d’un buisson ardent, celle d’un printemps qui ne renonce pas, qu’aucun hiver ne force à rentrer dans ses terres.