Tu lis.
Dans le poème
Un mot t’entraîne
Vers un autre,
Monôme
Et c’est comme
Si tu descendais
L’échelle
De corde
Du vertige
Vers le fond
D’un puits,
À la recherche
De la minuscule
Piécette de lumière,
Où se condensent,
En un globe de dentellière,
Point bleu,
Point or,
Un jour d’été
Et le ciel
Dans son entier
Scruter fixement
Telle fresque
Pour faire remonter
Entre les racines
De la surface
Le sortilège
Le dessin
Celé
À dessein
D’une bataille
D’Anghiari
Ne dites pas cela.
Mon monde est si petit
Que s’il venait à manquer
L’un de ses habitants
Qui m’est cher,
À l’instant,
Il ressemblerait
À la bouche
D’un enfant
Dont une dent de lait
De devant
Viendrait de tomber.
Les doigts d’une main
Multipliés
Par trois fois rien,
Voilà la mesnie,
Jeeves,
La famille,
D’un ou deux amis,
Qui fait s’emballer
Mon coeur.
La liste menue
Des éléments
Que je mets
Dans la maie
Où je fais pousser
Mon pain.
Une goutte d’eau
Pour chaque grain,
Ni plus,
Ni moins
Sel de la pluie
Qui se met en quatre,
Qui fait lever
La première feuille
Du carré de luzerne,
Le beige de chair translucide
En forme de feuille d’endive,
Oreilles aux aguets
D’un garenne
Égaré,
L’hospitalité,
Le couvert,
Le gîte,
À la peau tiède
Du Lièvre
De Dürer,
La rosée
Sur son petit nez,
Qui bat
La chamade,
Tu avances
Une main
Il disparaît !
Hors champs
Dans quel état
Sera le berceau
Du bébé de là-bas,
Celui du pays
De la Saint Valentin,
Qui n’a d’autres limites
Que les bras
Des gens
Tombés
En amour,
Comme partout.
La guirlande
Des nuages
Tilleul,
Céladon,
Rose bonbon
Qui font le tour
Du pâté des quatre
Murs de la chambre
Au mobile à la berceuse
Petits moutons
En manège,
Brahms,
Dans quelle glaise,
Sous quel toit,
La nuit étoilée
Pour de vrai
Sera rentrée
Dans la maison,
Avec son cortège,
Nulle dragée,
L’hiver,
La laine de l’agneau
De novembre
Trempée
Va avoir froid ?
Nous nous serions
Perdus
Par la vue,
Mais le cœur
Visière de celluloïd,
Manchettes de lustrine,
Vous télépathie.
Le lieu demeure
Dialogue au coin
Du feu intérieur.
La ville est si petite,
Le dire,
Et la voilà moins que hameau
La chapelle avec son moellon
En porte-candélabre,
Pour une molène,
Poussée là,
La maison forte,
La petite maison bâtie
Autour de l’armoire de noyer
Qui file jusque sous les toits,
Les piémonts du ciel,
Entre les poutres.
Vous voilà, Eva,
Et celui qui dort, à côté de vous,
Collecteur de résine d’arbre,
Courbés l’un vers l’autre
Front à front
Un peu gibbeux,
Les deux moitiés
De la silhouette
D’un cœur.
Hier au soir,
Nous avons ouvert
Le petit sarcophage d’or
Qui donne sur les mousses de la forêt du premier août 2011,
Pluvieuse, et chaude
La clairière aux grosses racines
Un verre de Rosette sucré respire
Les feuilles craquent
À peine sous le pas de fée d’Éva,
Le cercle des champignons des bois,
En gentil sabbat,
Comme surpris,
Le panier se remplit,
Se vide dans les boîtes de conserve
Vases canopes,
Ici les pieds,
Là les chapeaux
La machine à sertir les couvercles
Les a endormis,
Sommeil de Belle au Bois Dormant,
Depuis 11 ans.
Et au soir
Nous sommes, Jeeves, Carter et Carnarvon
La lumière sur les fruits du passé
L’amitié, pays de Cocagne,
Aussi neufs
Que si le temps n’avait pas grandi
Sous la toise.
Dire qu’il est au point mort
Ne veut rien dire.
Le souvenir bat,
Vie de tardigrade
Engourdi
Le saisir,
De la paume
Lui faire un nid,
Le poser
Au fond le la poche,
Il y a aussi
Le noeud
Dans le mouchoir
Qui tiédit
Écoutez-moi Benoît
Lapsus
Il sort de
Sa bouche jolie
Du benjoin
Car le soufflet
De l’accordéon
Est de papier
D’Arménie,
Des dessins
De Poulbot
Des bancs
Où poussent
En liserons enlacés
Des amoureux,
Jeeves,
De Peynet,
Et Mouloudji