ce que vos yeux vairons

Catégorie: après

Repos

Au pied du cognassier sont treize pots de terre

Oeufs éclos, les fleurs, l’arbre, manchot empereur,
Couve verts cabossés les convalescents
Les feuilles en dos de phalène mitées de brun

Vache maigre, une plante grasse
Aux côtes saillantes
Boit du petit lait,
Rosée du matin,

De l’haleine de l’étang,
Un écaille de carpe
La happe l’alouette
Cithare en son bec
Berce un reste de nuit

Un premier pot
Monte son volet,

Phylactère roulé, suaire de sève claire

Son pansement humide
Drap blanchi au pré

Sous la lune répandu,

Long cil, pétale de marguerite sur une joue qui ne cille

Endormie

Dehors, Hexetag

Les tuiles, sur le toit

L’herbe n’a pas viré, verte

Qu’on me console, les elfes, le nez sur leur console

 

Au désert

Sous les pas de l’enfant,
Qui joue au pharaon,
À l’ombre de son pyramidion,
Des millions d’années
De sable.
La mère de son jouet,
Enfouie,
Sous quel naufrage.
En haut,
Il n’y a plus d’eau,
Plus d’homme,
Nil, nihil,
Le sable,
Tombeau du tombeau
D’un roi
Infertile,
Quintessence,
De la poussière,

Tache, texte

Point de compression.
Plus rien ne gicle. Puis ça,
À nouveau d’entre
Les doigts,
Qui s’étend,
Se rompt,
Et coule,
Malgré soi,
L’épanchement

Tableau des éléments

Drossé par la pluie,
La nuit, sur les arêtes
De la vitre,
Tournesol

Morgen

Le jour se lève sur
L’encrier, et la nuit est
De sortie. Écrire
Une tartine

Ein Nussbaum für Rosa

Incipit
Prends place sous l’arbre à noix, qui pousse ici, et sous son ombre acide, ce qui pousse aussi, rien d’autre, que l’écho qui suit

Cette personne, crainte, à la manière des enfants
Je fus aussi cette enfant sous l’âge de raison
Je dis personne.
Ni homme, ni femme, mais noire, une espèce, issue du brouillard, un voile de fumée
Son vêtement, ses rides peignées ainsi que le gravier d’un jardin, ses jambes, arcure d’un cep de vigne
Son visage, bronze d’un buckling
Elle parle à son épaule vide, à de l’invisible, derrière elle, ara absent d’un pirate
Autour d’elle, un cylindre de verre, que nul ne franchit, cercle de sorcière, le cercueil qu’elle trimballe
Ni esprit simple, ni simple d’esprit
Folle
De quoi ?
Les gens lui parlent du bout de la fourche, on joue à se faire peur, interrompre son monologue, de derrière sa barrière
Son histoire, à laquelle seules les personnes grandes entendent quelque chose
S’Resslé
Prénom d’une petite Rose
Son nom, celui du noyer
Au cimetière, sa tombe tombe en deshérence,
Mais tu es arrivé jusqu’ici
Le scion du début porte des fruits, il est arbre
Entre ses racines, l’urne
Elle, nue, et ses hardes
Ta mémoire rougit, et baisse le front
Tu as grandi,
Tu lui dois un tumulus de princesse

Fonction affine

Proportions
D’une tête de bébé, extraterrestres,
Minois de chaton,
Les yeux ont pris une longueur
D’avance sur tout le reste,
Larges cénotes sis sur une pièce d’un cent
Déséquilibre émouvant
Dans le visage d’un vieux,
Le regard est un coup de lame,
La fente dans l’os d’un brise-lumière inuit,
Trait au pinceau,
Geste exercé du calligraphe,
Économie des moyens

De rose et de sel

La mer s’évapore
Dans une flaque. Sur ses os si
Fins pousse un jardin

Platanes, bord de la route

La banquette arrière
Tu les assujettissais

Ils tombent comme des quilles

Et dans ton dos se
Redressent. La voiture passe. Cesse,
Le jeu de massacre