Stormy weather
L’ardoise noire
Des nuages, lourde lauze
Sur la nuque du ciel.
L’ardoise noire
Des nuages, lourde lauze
Sur la nuque du ciel.
Oiseau blanc, oiseau
Bleu, croix du sud, Nungesser
Pour Latécoère.
Le ciel au dessus d’elle se quadrillait, les avions halaient leur bannière, chalut de condensation, pêcheurs de nuages. Hedda souhaita bon voyage à Max. Elle baissa la tête.
« Reviendrez-vous voler dans mes parages ? »
Enivrée, la tête balancée vers le ciel, Hedda en buvait son bleu immaculé. Elle n’en avait jamais vu de pareil, sans l’once de la ronce d’un nuage. Ses yeux écarquillés, comme une bouche avide sur l’immensité. Une morte de faim qui engouffrait à pleine bouchée. Elle n’en laissa pas une miette, satiété de crevarde. Elle redoutait la migration des bleus de toutes les couleurs vers d’autres cieux. Elle redoutait l’absence. Le creux laissé par Max.
Satan tendit sa tête pelée. Une oreille poinçonnée comme un ticket de métro, un oeil crevé, l’autre, jaune, posé comme une pièce de vingt centimes sur le haut de son museau.
Tout à fait le chat qu’il lui fallait. Un rescapé. Une teigne. La meilleure des sales bêtes. De celle qui vous adopte et qui vous colle à son service.
Hedda flatta la tête de l’animal. Un coup de patte lui rappela la règle. Pas d’attendrissement entre eux.
C’était l’après-midi d’un jour particulier, à regarder se défaire sur le ciel du plafond de la chambre, les ombres dérivant comme nuage, au gré du balancier du volet qui claquait sous le vent. Elle ferma les yeux un instant. La radio grésilla. D’un geste de la main, elle troubla l’image qui infusait. Et donna sa position.
Entre elle et son passé, la membrane mince d’une carlingue d’acier. Et la contracture du temps, comme une main à son apogée se resserrant sur son poing, une géante rouge à son point de rosée. Retenir son souffle.
Le vert-de-nuit des forêts de Dalmatie, et les îles jetées comme des osselets, mitant comme une pelade, les peaux tranquilles et bleues de la mer sous ses pieds. Le temps d’une respiration, et Korcula se déroula en un long tapis, semis de pierre et d’eau. Elle détourna le regard et se concentra sur le radiophare.
Le silence, comme un jeûne dont Hedda attendait la rupture. Elle attendait avec la patience d’une bête abandonnée le retour de son maître. Lorsqu’elle eut fini d’attendre, elle amorça un large virage sur l’aile et retourna vers son passé.
Vouloir ce qui ne se pouvait pas, la pluie quand il faisait beau temps. Et inversement, l’esprit d’escalier. On lui avait mis un bâton dans les bras, alors elle le dressait, comme un cheval boiteux. « Tu danseras sur trois pattes, mon percheron, je ferai de toi un demi-sang, tu verras ». Hedda obstinément, Tantale et Sysiphe tout à la fois. « Regarde, Max, non ne regarde pas, décolle toi de moi »